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Wednesday, July 01, 2009

L'aide américaine à Israël: Washington dans l'impasse

D’habitude, l’octroi de l’aide américaine annuelle à Israël est une formalité qui passe inaperçue parce qu’elle relève de la routine et emprunte des circuits si bien huilés qu’elle n’a jamais rencontré de problèmes. Cependant, le 17 juin dernier, après que le gouvernement des Etats Unis ait déposé pour approbation au Congrès le projet d’aide à Israël pour l’année 2010 d’une valeur de 2, 775 milliards de dollars, des groupes de pression anti-guerre ont bougé pour tenter de provoquer une suspension de cette aide ou au moins sa subordination à la non utilisation par l’armée israélienne d’armes américaines qui ont tué pas moins de 3000 Palestiniens durant les deux mandats de George W. Bush.
La démarche des groupes anti-guerre était inhabituelle. Le sous-comité de l’aide étrangère au Congrès était si surpris et embarrassé qu’il ne savait pas trop que faire. Les plus pro-israéliens, et ils sont nombreux pour ne pas dire légion, au Congrès ont dû être excédés, car, si celui-ci ne peut plus approuver tranquillement et discrètement l’aide rituelle à Israël, cela veut dire qu’il y a un problème et que l’Amérique commence à perdre ses repères.
Finalement, le sous-comité trouva la solution : s’engouffrer dans uns salle minuscule au Congrès, histoire d’empêcher (faute de place) les témoins, les journalistes et les représentants des groupes anti-guerre d’assister aux « discussions » qui précèdent la formalité d’octroi de l’aide à Israël.
Le sous-comité en question a plusieurs raisons de vouloir expédier rapidement et discrètement cette tâche annuelle d’octroi de l’aide du contribuable américain à Israël et qui s’élève environ à quelques 500 dollars par an pour chaque Israélien, homme ou femme, jeune ou vieux, soldat ou étudiant orthodoxe, résident de Tel Aviv ou colon harceleur de Palestiniens en Cisjordanie.
La première raison est que, le niveau de vie des Israéliens n’étant pas très différent de celui des Américains, l’aide est de plus en plus perçue au mieux comme une absurdité, au pire comme un pillage du contribuable américain au profit du citoyen israélien qui, de toute manière, s’en tire incomparablement mieux que les dizaines de millions d’Américains qui vivent au dessous du seuil de pauvreté. Et par les temps qui courent, cet argent serait mieux utilisé s’il allait vers les déshérités du Bronx ou les quartiers pauvres de l’Oklahoma.
La deuxième raison est que l’argent américain ne sert pas à acheter de la nourriture ou à construire des routes, mais à acheter des armes américaines parmi les plus sophistiquées et les plus meurtrières et qui servent à tuer les Palestiniens et les Libanais. Sans parler qu’une partie de cet argent va dans les caisses des entrepreneurs qui construisent sans relâche depuis 40 ans des colonies illégales en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
La troisième raison est que les amendements Symington et Glenn à la loi sur l’aide étrangère interdisent formellement tout soutien financier ou militaire américain aux pays non signataires du traité de non prolifération (TNP) et disposant de la bombe nucléaire. Et Israël est précisément le seul pays dans ce cas dans cette immense région qui s’étend du Maroc à l’Iran.
La quatrième raison est que le monde entier est en train de suivre très attentivement la partie de bras de fer qui se joue entre l’administration Obama et le gouvernement Netanyahu au sujet de l’exigence américaine du gel de la construction de nouvelles colonies. Méprisant cette demande de son bienfaiteur, Israël vient de décider l’élargissement massif de la colonie Adam à proximité de la ville de Ramallah où, a confirmé lundi le ministère israélien de la défense, il a été décidé de construire 1450 nouveaux logements pour colons. Ce défi est évidemment embarrassant non seulement pour l’administration Obama qui a décidé d’une aide de 2, 775 milliards de dollars, mais aussi pour le sous-comité chargé de la formaliser.
Enfin, et là c’est une ironie que beaucoup d’Américains ressentent très mal, une partie de cet argent, plus ou moins importante, revient de diverses manières aux Etats-Unis et tombe dans l’escarcelle du Lobby qu’il utilise dans le chantage routinier auquel il soumet les candidats à des postes de responsabilité à Washington. Et il n’est pas exclu non plus qu’une partie de cet argent soit utilisée pour les opérations d’espionnage que mène agressivement Israël aux Etats-Unis pour collecter les secrets de toutes sortes, et en particulier ceux relatifs à la stratégie américaine, l’industrie d’armement, la science et la technologie de pointe.
Avec cette question d’aide financière massive à Israël, les Etats-Unis se sont volontairement enfermés dans une impasse dangereuse. Ils se sont mis dans une étonnante position où ils violent leurs propres lois et minent leurs propres efforts tendant à faire régner la paix dans la région, tout en feignant de ne rien voir. En effet, tous les chèques signés au Congrès au nom d’Israël l’ont été en violation des lois américaines relatives à l’octroi de l’aide étrangère. Tout l’argent transféré massivement des Etats-Unis vers Israël a servi à surarmer ce pays, à gonfler démesurément son ego, à aiguiser son agressivité et à alimenter son inflexibilité. Il est donc normal que jusqu’à ce jour aucune initiative de paix n’a abouti et que les efforts américains pour résoudre le conflit du Proche-Orient ont toujours emprunté les circuits circulaires qui ne mènent nulle part.

Monday, June 29, 2009

Israël et l'opinion publique américaine

L’un des motifs principaux qui expliquent l’alignement inconditionnel sur la politique israélienne des administrations américaines successives est …l’alignement tout aussi inconditionnel de l’opinion publique aux Etats-Unis et son approbation de toutes les initiatives agressives et violentes qu’entreprend Israël contre les Arabes. Il est donc logique que tout candidat qui vise la Maison blanche, le Congrès ou même un simple poste de gouverneur cherche à se positionner dans le sens du courant s’il veut accroître ses chances. D’où la surenchère entre les candidats qui, sous l’œil vigilant, et sans doute amusé, du Lobby, rivalisent de louanges obséquieuses envers Israël, frisant parfois le ridicule.
Ce n’est sûrement pas par amour pour Israël ni par conviction que la plupart des candidats à des postes politiques aux Etats-Unis développent un discours pro-israélien, mais par simple opportunisme. Israël joue ici le rôle de monture à enfourcher par quiconque voulant arriver à destination, c'est-à-dire à la Maison blanche ou au Congrès ou à quelque autre poste important aux Etats-Unis. L’exemple le plus édifiant à cet égard est celui de Barack Obama qui, en tant que candidat, n’a pas hésité à qualifier Jérusalem de « capitale indivisible » d’Israël, et, une fois à la Maison blanche, ne cesse d’exiger l’arrêt total de la construction dans les colonies, y compris à Jérusalem-Est.
Généralement on a une idée négative de l’opportunisme politique. Mais dans le cas de Barack Obama, c’est un opportunisme positif, et nul n’est en droit de lui jeter la pierre. Il a utilisé une formule contestée par les Arabes dans le but d’éloigner l’obstacle AIPAC de son chemin. Il a réussi haut la main et c’est tant mieux.
Contrairement à la classe politique, l’opinion publique américaine, elle, n’a ni une ambition affichée ni une compétition et des concurrents à affronter , et donc n’a aucune raison de craindre le Lobby ou de le ménager. Contrairement à la classe politique aussi qui, elle, ne peut ignorer la réalité douloureuse et fondamentalement injuste du conflit israélo-palestinien, l’opinion publique, séparée par d’immenses distances géographiques et culturelles de ce conflit, ne connaît de sa réalité que ce que les médias américains veulent bien qu’elle sache. Et comme les médias eux-mêmes ne peuvent publier que ce qui plaît au Lobby, l’opinion publique américaine a fini par intérioriser le cliché façonné à coups de matraquage médiatique.
Ce cliché se résume en peu de mots : Israël est une démocratie fragile entourée d’ennemis violents qui veulent sa mort. Toutes les guerres qu’il a menées lui ont été imposées par ses ennemis et il a dû s’y engager pour survivre. La classe politique américaine sait que ce cliché n’a aucun rapport ni de près ni de loin avec la réalité, mais feint d’y croire pour les raisons détaillées ci-dessus. En revanche, l’opinion publique, de par son incapacité de recourir à d’autres sources d’information, de par les obstacles infranchissables interdisant au point de vue arabe sur le conflit de parvenir aux citoyens américains, ceux-ci croient de bonne foi à la version tronquée des événements sur la longue période conflictuelle qui a ensanglanté les rapports israélo-arabes.
L’opinion publique américaine n’est pas butée et semble prête à changer d’avis pour peu qu’on lui serve la bonne information, ou qu’on lui corrige la version erronée des événements qui secouent le Moyen-Orient et à laquelle elle croit naïvement, mais de bonne foi.
Le discours de Barack Obama prononcé au Caire le 4 juin dernier a été l’une des très rares occasions qui se présentent au peuple américain pour qu’il prenne connaissance d’informations sensiblement différentes de celles auxquelles l’ont habitué le New York Times, le Washington Post, CNN ou encore Fox News. Obama a certes parlé d’Israël en des termes familiers pour l’oreille américaine, mais a parlé aussi des Palestiniens et de leur calvaire en des termes inhabituels pour le citoyen américain.
Mais déjà deux jours avant le discours d’Obama, un changement intéressant était remarqué au niveau de l’attitude de l’opinion publique américaine envers Israël. Si vous googlez « The Israel Project », vous aurez l’explication suivante : « The Israel Project est une organisation internationale à but non lucratif, oeuvrant à informer la presse et le grand public au sujet d’Israël et du Moyen-Orient ». The Israel Project donc a commandé début juin un sondage à Stanley Greenberg (*) visant à tester l’opinion publique américaine sur le conflit du Moyen-Orient. La surprise était grande.
Le résultat de ce sondage effectué les 2 et 3 juin 2009 est inquiétant pour Israël et pour le Lobby qui le défend aux Etats-Unis. En septembre 2008, ils étaient 69% à se considérer comme pro-israéliens. Aujourd’hui, ils sont 49%. Les mêmes 69% estimaient l’année dernière que les Etats-Unis doivent soutenir Israël. Ils ne sont plus que 44% aujourd’hui.
Il est important de noter que ce sondage a été effectué 24 heures seulement avant le discours d’Obama au Caire, très suivi dans le monde entier, et qui a eu sans aucun doute un effet amplificateur du changement enregistré depuis la guerre de Gaza dans l’attitude de l’opinion américaine vis-à-vis de la question palestinienne. Il y a tout lieu de croire que le pourcentage des Américains qui veulent que leur pays soutienne aujourd’hui Israël est au dessous de 44%.
En toute logique, la classe politique américaine devrait tirer les conclusions qui s’imposent en changeant elle aussi d’attitude. Elle a de moins en moins de raisons de prendre cet air effarouché vis-à-vis du Lobby et de soutenir inconditionnellement Israël.

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(*) http://jta.org/news/article/2009/06/15/1005902/poll-american-voters-suport-of-israel-drops

Sunday, June 28, 2009

Tienanmen 1989 – Téhéran 2009

Si l’Iran avait des relations normales avec les Etats-Unis et les pays européens, y aurait-il eu autant d’agitation médiatique et politique en Occident ? Probablement pas. C’est de bonne guerre. Quand quelque chose nous gêne, on souhaite sa disparition. Le régime iranien gêne le monde politique occidental, et celui-ci souhaite vivement le voir changé. L’excitation avec laquelle les reporters occidentaux ont couvert les événements iraniens et les réactions, rarement posées, des politiciens américains et européens cachent mal le désir intense de voir des hommes politiques plus modérés remplacer ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir en Iran.
A force de prendre leurs désirs pour de la réalité, journalistes et politiciens occidentaux étaient portés le plus naturellement du monde à exagérer la force du mouvement protestataire et à sous-estimer celle du régime iranien et sa détermination à mettre au pas les manifestants anti-Ahmadinejad et pro-Moussaoui. Il y a 20 ans, en juin 1989, on avait assisté à la même surexcitation occidentale à l’occasion des événements de Tienanmen qui avaient secoué la Chine. Là aussi, à lire la presse d’Occident et à entendre les responsables politiques américains et européens, on avait l’impression que le régime chinois était à bout du rouleau et que les étudiants qui le contestaient étaient à deux doigts du pouvoir.
Il faut dire qu’en 1989, l’Occident était euphorique. L’Union soviétique était vaincue en Afghanistan et s’apprêtait à rendre l’âme. Les fissures dans le mur de Berlin étaient béantes et l’Allemagne se préparait à sa réunification après 44 ans de division humiliante. Les Etats-Unis caracolaient en tête des nations, ivres d’être désormais l’unique superpuissance au monde. Bref, en cette année charnière de 1989, Européens et Américains, citoyens et Etats confondus, avaient des raisons objectives de considérer que leur modèle économique et social était le meilleur puisqu’il avait eu le dernier mot dans la bataille politico-idéologique qui l’opposait pendant des décennies au « monde communiste » en général et à l’Union soviétique et ses satellites de l’Europe de l’est en particulier.
C’est dans un tel contexte qu’étaient intervenus les événements de la place Tienanmen à Pékin. L’ivresse des Occidentaux les avait alors empêchés de voir que les protestations estudiantines pour plus de liberté n’étaient qu’un simple feu de paille que le puissant Etat chinois allait facilement et rapidement éteindre. Ils avaient pris le monde communiste comme un bloc unique qui repose sur deux piliers, l’un à Moscou et l’autre à Pékin, et que l’effondrement du pilier moscovite entraînerait l’écroulement du pilier pékinois. Et ils étaient d’autant plus assurés que les événements de Tienanmen étaient perçus comme des fissures irréversibles et des signes avant-coureurs de la fin prochaine du régime chinois.
Les applaudissements et les encouragements que recevaient il y a vingt ans les étudiants contestataires chinois de la part des politiciens et des médias occidentaux n’exprimaient qu’en apparence le désir de voir les Chinois vivre plus librement et plus démocratiquement. Au fond, ce que désiraient ardemment les Occidentaux était l’effondrement d’un régime idéologiquement ennemi et son remplacement par un régime pro-occidental, peu importe qu’il serve ou non les intérêts du peuple chinois.
A ce point de l’analyse, les similitudes entre les événements de Tienanmen de 1989 et ceux de Téhéran cette année sont évidentes. L’Occident en général et les Etats-Unis en particulier ont un problème lancinant avec l’Iran depuis la victoire de la révolution islamique en 1979. Les choses se sont aggravées depuis 2006 quand la question de « la bombe iranienne » a fait irruption sur la place internationale pour devenir la principale pomme de discorde opposant Téhéran d’une part et Washington et Bruxelles de l’autre.
Depuis, le bras de fer engagé prenait, selon les circonstances, la forme de pressions politiques, de sanctions économiques et de menaces d’interventions militaires. Dans cette confrontation, Israël jouait les « Free lance » et poussait de toutes ses forces vers des bombardements massifs des installations nucléaires iraniennes dans le but de maintenir son monopole de l’arme nucléaire au Moyen-Orient.
Puis vint l’élection présidentielle iranienne. Sa contestation par une partie des Iraniens était la bonne surprise d’un Occident qui a commencé à fantasmer sur l’écroulement de la république islamique sous les coups de boutoir qu’elle subirait de l’intérieur. C’est ce fantasme qui explique l’euphorie et la légèreté avec lesquelles médias et politiciens en Occident ont couvert et commenté les événements de Téhéran. L’absence de lucidité a fait que l’essentiel soit oublié : les manifestants de Téhéran n’ont pas plus de force que ceux de Tienanmen et, face à la contestation, le régime iranien de 2009 est aussi puissant que le régime chinois de 1989.
Autre point essentiel que l’euphorie semble avoir fait oublier aux commentateurs occidentaux : les chefs de la contestation iraniens ne sont pas des opposants au régime, mais en font partie intégrante. Et on peut même dire que si Moussaoui avait remporté l’élection, rien ne prouve que les divergences entre l’Iran et l’Occident sur l’arme nucléaire seraient moins aiguës.
En attendant la prochaine crise, la question qui se pose est la suivante : Tienanmen 1989 et Téhéran 2009 serviront-ils de leçons à l’avenir pour que l’Occident adopte des analyses un peu plus lucides et un peu moins euphoriques ?

Wednesday, June 24, 2009

Déferlante obscurantiste

Quatre hommes ont été condamnés lundi dernier à Mogadiscio à l’amputation de la main droite et de la jambe gauche. Leur crime ? Ils ont volé trois téléphones portables et deux fusils. En octobre 2008, une jeune fille de 13 ans a été enterrée jusqu’au cou et lapidée à mort à Kismayo, en Somalie, par 50 hommes. Son crime ? Elle a été se plaindre aux autorités du viol que trois hommes lui ont fait subir. Il y a une semaine ou deux, ordre a été donné au peuple somalien de ne plus regarder de films à la télévision. Les familles ont été averties qu’elles pourraient recevoir à tout moment la visite des gardiens de la morale publique, et si elles sont attrapées en flagrant délit de cinéphilie, elles seront « punies »…
Cela se passe dans la corne de l’Afrique, et ceux qui se trouvent derrière ces absurdités tragiques sont de jeunes barbus qui se font appeler les « Shebab ». Ces illuminés croient dur comme fer que c’est Dieu qui le a choisis pour sauver le monde, et ils s’y emploient donc en commençant par la Somalie, alors qu’ils auraient dû commencer d’abord par apprendre à écrire leur nom.
Le drame est que ces tragédies d’un genre nouveau que même les sociétés préislamiques n’ont pas connues, ne sont pas propres à la Somalie, un pays englouti dans l’anarchie depuis 1990. Plusieurs pays musulmans sont aujourd’hui frappés ou menacés par cette déferlante obscurantiste que l’histoire de l’islam n’a jamais connue en un millénaire et demi d’histoire. Le bref épisode de terrorisme aveugle des assassins (hachachines) et de leur chef Hassan Assabah au XIIIe siècle est un jeu d’enfants par rapport à cette déferlante.
Dans un siècle ou deux, les historiens seront sans aucun doute désorientés face à l’étrange paradoxe que le monde vit à l’aube de ce troisième millénaire. D’un côté, il y a cette vertigineuse accumulation des connaissances et cet extraordinaire développement de la technologie dans tous les domaines, et en particulier dans celui de la communication. Et de l’autre, il y a cette non moins vertigineuse accumulation de nuages noirs de l’ignorance et du fanatisme qui viennent obscurcir chaque jour un peu plus la vie sur terre.
Plus désorientant encore pour nos futurs historiens : l’utilisation par les obscurantistes des nouvelles technologies pour faire gagner du terrain à l’ignorance et au fanatisme. L’exemple le plus terrifiant est celui de certaines chaînes satellitaires du Golfe. L’une d’elles a diffusé récemment un programme dans lequel l’un de ces barbus illuminés parlait aux téléspectateurs en ces termes : « Une femme rentrait chez elle en taxi avec son nouveau né après avoir accouché dans un hôpital. Dès qu’elle a pris place dans le taxi avec son nouveau né dans les bras, celui-ci a dit :’Assalamou Alaikom’. Face à la mère et au chauffeur de taxi terrifiés, le nouveau né s’est montré rassurant :’N’ayez crainte, je suis le Messie (Al Mahdi al-Mountadhar).’. Le Messie a aussitôt été pris en charge par les personnes appropriées. Il est en lieu sûr et secret. Il sauvera le monde quand il atteindra l’âge de 20 ans »… Voilà où on en est aujourd’hui, 40 ans après la conquête de la lune.
Mais la déferlante obscurantiste a déjà traversé les frontières du monde islamique et tente de se frayer son chemin en Europe où les contrôleurs danois des transports publics ne savent pas trop à quel saint se vouer face à ces femmes qui leur présentent un abonnement alors qu’elles sont couvertes de tissu noir de la tête aux pieds et refusent de dévoiler le visage, ou encore en France où, après plus de deux siècles de laïcité triomphante, le parlement est saisi de la question du Niqab après avoir été forcé de légiférer quelques années plus tôt sur le voile à l’école.
Pour revenir à la Somalie, les « Shebab » ont l’avantage sur le terrain et, s’ils arrivent à renverser le gouvernement (ou ce qui en reste), ils établiront un régime genre taliban avec interdiction absolue pour les femmes de sortir, pour les jeunes filles de s’instruire et pour les hommes de faire autre chose que de mémoriser le Coran, sans bien sûr le comprendre, et prier. Et quiconque s’opposerait à leur fanatisme est forcément un ennemi de Dieu à éliminer de la surface de la terre.
Depuis le renversement de Mohamed Siad Barré en 1990, le peuple somalien n’a jamais été dans une situation aussi critique. Depuis le mois de mai, 100.000 personnes ont fui leurs foyers à Mogadiscio et errent dans les sentiers poussiéreux des villages fantômes de Somalie. Le peuple somalien est en danger. En droit, ne pas assister une personne en danger est passible de prison. Mais il n’y a pas de lois qui punissent la non-assistance de peuple en danger.
Sauver le peuple somalien d’un régime qui condamne un voleur de portable à l’amputation de la main droite et de la jambe gauche et les femmes violées à la lapidation est une obligation morale et un devoir politique impérieux face auxquels le principe de non ingérence doit s’éclipser.
Dans l’état désespéré où il se trouve, le président somalien a appelé ses voisins (Ethiopie, Kenya, Djibouti) à intervenir militairement pour sauver ce qui peut l’être encore de la Somalie. L’Union africaine est déjà sur place, mais ses forces sont sous équipées et ont elles-mêmes besoin de renforts.
Mais le défi ne se pose pas seulement pour la Somalie loin s’en faut. Toutes proportions gardées, les difficultés rencontrées par le président somalien dans l’exercice de ses fonctions ont la même origine que celles que rencontrent les contrôleurs des transports publics danois dans l’accomplissement de leur travail ou encore le parlement français qui a sans doute mieux à faire que de perdre son temps et son énergie à enquêter sur ces silhouettes noires de plus en plus nombreuses dans les rues des villes françaises. Par conséquent l’aide que le gouvernement somalien doit recevoir de toute urgence n’est pas seulement dans l’intérêt du Kenya et de l’Ethiopie, mais aussi du Danemark et de la France.

Monday, June 22, 2009

Iran: de la fracture au schisme

La fissure est évidente aujourd’hui en Iran. Ceux qui défient le pouvoir à Téhéran ne sont pas des ennemis traditionnels de la république islamique, ni des nostalgiques du règne des Pahlavi, ni encore des « terroristes » du mouvement Moujahidine Khalq, mais des fils de la révolution ayant joué un rôle majeur dans le renversement du régime du Chah en 1979. Parmi les plus connus, il y a Mir Hussein Moussaoui, Premier ministre pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), l’ayatollah Montazeri, favori pour succéder à l’imam Khomeiny mais avait perdu face à l’ayatollah Khamenei, Hachemi Rafsanjani, président de la puissante assemblée des experts, Mehdi Karroubi, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2005 remporté par Ahmadinejad etc…
En fait la contestation à l’intérieur de l’establishment politico-religieux iranien ne date pas d’aujourd’hui. Déjà lors de l’élection de 2005 remportée par Mahmoud Ahmadinejad au second tour, le candidat Karroubi s’était plaint qu’ « réseau de mosquées, de pasdaran et de basij avait mobilisé illégalement le soutien à Ahmadinejad. Karroubi était même allé jusqu’à accuser Mojtaba Khamenei (le fils de guide) de faire partie des « conspirateurs », ce qui lui avait valu les remontrances du guide suprême et le soutien de Hachemi Rafsanjani.
Déjà en 2005, la ligne de fracture était claire entre les réformateurs et les conservateurs, entre ceux qui voulaient sortir l’Iran de son isolement international et ceux qui se méfiaient de toute ouverture sur l’Occident en général et les Etats-Unis en particulier. Aujourd’hui, cette fracture a les propriétés de ce qu’on peut appeler un véritable schisme au sein de l’establishment puisque la bataille s’est déplacée dans la rue et, compte tenu des centaines de victimes (entre morts et blessés), la rupture semble consommée.
Les plus optimistes en Iran ont imaginé que le guide Khamenei, dans le discours qu’il avait prononcé vendredi dernier, trouverait les mots magiques qui réconcilieraient tout le monde et rétabliraient la paix civile qui régnait en Iran depuis trente ans. Mais le discours était clair, net et précis. Le guide s’est aligné sur Ahmadinejad qui, a-t-il insisté, a remporté les élections avec plus de 63% des voix, qu’il est le président que le peuple a choisi, que les troubles doivent cesser immédiatement et que ceux qui continueront à appeler les gens à descendre dans la rue assumeront les conséquences du sang versé et du chaos.
Le suspense n’a pas duré longtemps. Moins de vingt quatre heures après le discours de Khamenei, et en dépit de la stricte interdiction des rassemblements publics, des milliers de manifestants ont défilé dans le circuit traditionnel des manifestations à Téhéran, de la place Enguelab (Révolution en persan) à la place Azadi (Liberté). Le clash avec les forces de l’ordre était inévitable et, encore une fois, des dizaines de victimes sont tombées. Pour la seule journée de samedi, on parle d’une dizaine de morts et d’une centaine de blessés.
Le bras de fer qui s’est engagé entre les compagnons d’armes iraniens n’a rien d’étonnant. Toutes les révolutions sans exception ont abouti à des fractures irréversibles entre ceux qui ont œuvré main dans la main au succès du changement de régime. Aucune révolution n’a échappé à cette règle, et si l’on doit s’étonner de quelque chose, c’est plutôt du fait que le consensus ait duré, du moins en apparence, pendant pratiquement trois décennies avant que le schisme n’éclate au grand jour.
Ce bras de fer tourne autour de deux convictions contradictoires, celle du pouvoir qui estime que l’élection présidentielle a été régulière et que le nombre de 24 millions d’électeurs ayant voté pour Ahmadinejad est indiscutable, et celle de l’opposition qui refuse cette élection « trafiquée ». Mais au-delà de l’élection et indépendamment du fait qu’elle soit trafiquée ou non, la réalité est que la société iranienne n’est plus soudée comme avant contre les « dangers extérieurs ». La dynamique qui la traverse aujourd’hui la rend transparente, et le monde entier peut voir cette ligne de démarcation qui partage les deux camps qui s’affrontent et dont l’un estime que le danger pour le pays provient de l’extérieur, et l’autre considère que ce danger provient plutôt de l’intérieur, c'est-à-dire de la rigidité du pouvoir, de sa propension aux discours « inutilement provocateurs » et de sa pratique politique qui fait toujours de l’Iran un pays « paria » aux yeux des puissances influentes dans le monde.
Les forts soupçons qui pèsent sur les résultats de l’élection présidentielle de juin 2009 ont brusquement mis au devant de la scène la nouvelle réalité de l’Iran divisé entre une opposition de plus en plus hardie qui pousse de toutes ses forces vers le changement, et un pouvoir de plus en plus crispé qui utilise ses forces policières et militaires pour maintenir les choses dans un état statique.
En dépit de certaines similitudes avec les événements de 1978-79 qui avaient emporté la dictature du Chah (manifestations violentes, incendies de bâtiments publics, manifestants de nuit sur les toits criant ‘Mort au dictateur’ et ‘Allahou Akbar’ ), il ne faut pas croire que le régime des mollahs est prêt de s’effondrer. Suite à ces événements, il a sans doute perdu en crédibilité et en légitimité aux yeux de millions d’Iraniens, mais les structures qui le défendent (police, armée, basij, gardiens de la révolution) sont encore assez solides et assez homogènes pour relever le défi posé par le développement de la contestation réformiste.
Cela dit, il n’est pas du tout sûr que les commentaires des responsables occidentaux (Barack Obama et Angela Merkel en tête) soient de nature à aider les contestataires dans leur lutte ou à convaincre le pouvoir iranien de s’ouvrir à la négociation sur le double plan intérieur et international. Au contraire, ces commentaires, considérées comme une « ingérence intolérable » par Téhéran, versent de l’eau au moulin des conservateurs qui accusent les réformateurs d’être « à la solde des ennemis de l’Iran ». M. Obama et Mme Merkel sont sûrement soumis à des pressions politiques internes qui les poussent à prendre position en faveur des manifestants. Ils ont pourtant un argument de poids pour justifier la non ingérence : éviter d’occasionner une gêne aux chefs des réformateurs par un soutien plutôt embarrassant et qui risque de leur causer plus de dommages que de bénéfices, et ne pas donner des raisons supplémentaires au pouvoir iranien de se raidir encore plus.

Wednesday, June 17, 2009

Une bonne question au président Obama

Il y a un cliché largement répandu en Occident selon lequel les Arabes sont des peuples amers, sous développés et jouissant de peu de droits. Par conséquent leur attitude envers les pays développés est déterminée par la jalousie, et ils détestent l’Amérique parce qu’ils envient sa richesse et la liberté dont jouissent ses citoyens. Les huit ans de règne de George Bush étaient pour beaucoup dans la consolidation de ce cliché.
On ne peut pas nier qu’il y a de l’amertume et de la frustration dans le monde arabe. Mais elles ne sont pas dues à la jalousie et à l’envie, mais au sentiment déstabilisant d’injustice que les Arabes éprouvent jour après jour et année après année à cause de la politique occidentale en général et américaine en particulier à l’égard du monde arabe. Une politique trop déséquilibrée, trop biaisée, systématiquement anti-arabe et obstinément pro-israélienne.
Au temps de Bush, la Maison blanche, qui ne brillait pas alors par les analyses sérieuses et percutantes, expliquait l’anti-américanisme du public arabe par l’ « incompétence » des responsables des relations publiques (public relations) qui ne savaient comment s’y prendre avec ce public pour lui expliquer les efforts titanesques que déploient les Etats-Unis pour le bien et la prospérité du monde, et donc du monde arabe aussi. On ne sait pas si c’était par naïveté ou par machiavélisme, mais Bush croyait à cette histoire de père Noël puisqu’il n’arrêtait pas de changer les responsables des relations publiques.
Cette histoire d’incompétence attribuée à de hauts fonctionnaires chargés des relations publiques était commode dans la mesure où elle évitait aux administrations américaines successives d’aller aux racines du problème qui sont l’injustice, le soutien systématique apporté à Israël, la mort de milliers d’innocents en Palestine, au Liban et ailleurs par des mains israéliennes utilisant des armes, des munitions, des hélicoptères et des bombardiers made in USA. C’est là où se trouve le nœud du problème.
L’Amérique sait parfaitement bien qu’une simple condamnation faite par un fonctionnaire subalterne de la Maison blanche ou du département d’Etat condamnant la destruction de maisons palestiniennes par des soldats israéliens à l’aide de bulldozers américains, aurait plus d’impact sur le public arabe qu’une armée d’experts en relations publiques.
Tous ceux qui dans le monde arabe ont suivi mardi dernier la visite de l’ancien président Jimmy Carter à Gaza, auraient certainement apprécié sa remarque sur « la part de responsabilité » qu’il ressent face à l’ampleur des destructions résultant de la guerre de décembre 2008-janvier 2009, du fait de l’utilisation par les Israéliens de l’armement américain.
Mais le problème, c’est que cette reconnaissance d’une part de responsabilité par le citoyen Carter ne va rien changer sur le terrain parce qu’il n’a aucune influence ni sur les décisions prises en Israël ni sur celles prises aux Etats-Unis. Quand il était président (1976-1980) il n’avait rien fait pour arrêter l’élan expansionniste du gouvernement de Menahem Begin, alors chef du gouvernement le plus à droite qu’ait connu Israël, et qui était arrivé au pouvoir en 1977.
C’est à croire qu’il y a une règle politique non écrite aux Etats-Unis qui veut que celui qui détient le pouvoir doit se mettre au service d’Israël, et celui qui le perd peut se permettre quelques gentillesses vis-à-vis des Arabes. A un certain moment on a cru qu’Obama allait transgresser cette règle, car dès son entrée à la Maison blanche, il a donné son premier coup de téléphone à Mahmoud Abbas, sa première interview à la chaîne « Al Arabya », et a même esquissé tout récemment une attitude objective dans le traitement du dossier israélo-arabe, en exigeant un gel total des constructions dans les colonies. Mais visiblement cette règle semble difficile à transgresser.
D’après des diplomates occidentaux non identifiés, cités mardi par les agences de presse, « Washington a fait preuve de compréhension à l’égard de l’argumentation israélienne sur les colonies ». Netanyahu a, semble-t-il, changé de musique en envoyant ses collaborateurs expliquer aux Américains que, en fait, ce n’est pas que le gouvernement israélien ne veut pas, mais ne peut pas geler les colonies. La raison est simple comme bonjour d’après les démagogues d’Israël : les colonies ne sont pas un problème politique, mais un problème d’appel d’offres et de contrats signés entre promoteurs et acheteurs face auxquels le gouvernement Netanyahu se tient impuissant. Et à supposer que ce gouvernement prenne la décision de s’opposer à ces appels d’offres et à ces contrats signés, il aurait été traîné en justice par les colons devant la Cour suprême israélienne qui l’aurait débouté pour abus de pouvoir…
Quand la Maison blanche se tait face à de telles absurdités qui transforment le plus grand problème politique du Moyen-Orient en une simple question d’appel d’offres et de contrats de vente, quand elle juge positivement le discours de Netanyahu qui ne fait qu’enfoncer encore plus toute la région dans l’impasse, on se demande ce que signifie la main tendue d’Obama au monde musulman et de quelle crédibilité ses discours d’Istanbul et du Caire peuvent se prévaloir ?
En 1960, le président John Kennedy a promis aux Américains la lune en une décennie. Beaucoup à l’époque avaient arboré un sourire incrédule. Ils avaient tort. En moins d’une décennie, la bannière étoilée était plantée par Neil Armstrong sur le sol lunaire.
Depuis des décennies, pratiquement les présidents américains successifs ne cessent de promettre leur aide à la création d’un Etat palestinien, et même de fixer des échéances pour cela, la dernière étant fixée pour 2005 par la feuille de route…
Une bonne question à méditer par le président Obama : pourquoi est-il plus facile pour les Etats-Unis de conquérir la lune que de résoudre une injustice commise à l’aide d’armes américaines contre un peuple sans défense ?

Monday, June 15, 2009

Retour à la case départ

Beaucoup de ceux qui ont pris la peine de suivre en direct le chef du Likoud développer ses vues sur l’avenir des relations israélo-palestiniennes, regrettent d’avoir perdu leur temps à écouter des propositions dont on ne sait trop si on doit en rire ou en pleurer.
A écouter le Premier ministre israélien parler, on ne peut s’empêcher d’être frappé par le paradoxe effarant entre le caractère dramatique du conflit israélo-arabe et les propositions comiques faites pour le résoudre. La mine grave et sérieuse qu’affichait Netanyahu n’affectait en rien le caractère comique de son discours.
Après plus de 60 ans de conflit larvé, après plus de 40 ans d’occupation, de répression et de souffrances bibliques endurées par les Palestiniens, Benyamin Netanyahu a trouvé la parade : Un Etat palestinien sans frontières définies et qui ne contrôle ni son espace aérien ni ses eaux territoriales ; il sera démilitarisé (« Le territoire alloué aux Palestiniens sera sans armée, sans contrôle de l'espace aérien, sans entrée d'armes, sans la possibilité de nouer des alliances avec l'Iran ou le Hezbollah », dit-il en substance) ; les Palestiniens doivent reconnaître la caractère juif de l’Etat israélien ; la question des réfugiés doit être résolue en dehors d’Israël ; Jérusalem, est et ouest réunis, sera la capitale d’Israël ; last but not least, il n’y aura pas de gel de la construction dans les colonies, car « les colons ont le droit de vivre normalement », c'est-à-dire d’étendre leurs colonies avec de nouvelles constructions chaque fois que la « progression démographique » l’impose.
Plus comique encore, Netanyahu s’est dit « prêt à aller à Ryadh, Beyrouth ou Damas pour discuter de paix ». Si c’est pour répéter les inepties contenues dans son discours de dimanche, il y a peu de chance de voir les Saoudiens, les Libanais ou les Syriens se ruer vers le bureau de poste le plus proche pour lui envoyer une invitation sous pli recommandé.
En fait, ce discours netanyahuesque ne peut décevoir que ceux qui imaginaient que l’actuel Premier ministre israélien puisse un jour se transformer en homme politique sérieux, capable de faire la paix. L’homme est connu pour son fanatisme, son étroitesse d’esprit et son incapacité congénitale à proposer une politique constructive. Au cours de son premier mandat à la tête du gouvernement israélien (1996-1999), il s’était employé pendant ces trois années à détruire systématiquement les accords d’Oslo, conclus en septembre 1993 après de longues et laborieuses négociations. Et il avait largement réussi sa mission destructrice.
Après une décennie de traversée de désert, Netanyahu s’est trouvé à nouveau à la tête du gouvernement israélien. Sa mission était claire dès le départ : perpétuer le statu quo. Toutefois, s’étant trouvé sous une pression intense de la part de l’actuel président américain, il a eu l’idée de faire un discours dans lequel il donnerait l’impression d’accéder à la principale demande d’Obama, la reconnaissance de la solution de deux Etats, mais en posant toutes les conditions inacceptables par les Arabes, de manière à vider aussitôt cette reconnaissance de toute substance.
En apprenant par le journal israélien « Haaretz » qu’Obama jouait au golf au moment où Netanyahu prononçait son discours, il y en a qui ont interprété cela comme une position en elle-même exprimant le mécontentement de la Maison blanche face aux propositions du Premier ministre israélien. Mais c’était une erreur, car, aussi étonnant que cela puisse paraître, la Maison blanche a bien réagi, décrivant les absurdités débitées par Netanyahu comme « un pas important en avant ».
On se demande ici s’il ne s’agit pas plutôt d’un pas en arrière de la part de la Maison blanche qui, après avoir donné l’impression d’exercer des pressions sérieuses sur Israël, semble maintenant prête à prendre la monnaie de singe de Netanyahu pour moyen de paiement acceptable. La Maison blanche et le département d’Etat ne peuvent pas être naïfs au point de ne voir dans le discours de Netanyahu ni ses positions racistes sur le caractère juif d’Israël, ni son refus de partager Jérusalem, ni sa détermination à poursuivre l’élargissement des colonies, ni son mépris du dossier des réfugiés, mais seulement sa prononciation du mot « Etat palestinien ».
La Maison blanche feint de croire qu’il suffit que Netanyahu prononce le terme « Etat palestinien » pour qu’on ait entre les mains ce mot magique, ce sésame qui ouvrirait les portes du paradis et fermerait celles de l’enfer palestinien. Dans sa précipitation de réagir positivement à cette fausse concession de Netanyahu, la Maison blanche n’a même pas pris le soin d’écouter attentivement la suite : « un Etat palestinien sans armée, sans contrôle de l'espace aérien, sans entrée d'armes, sans la possibilité de nouer des alliances... »
Mais Netanyahu ne peut pas être naïf non plus au point d’imaginer un seul instant que ses propositions puissent être acceptées par la partie palestinienne. Il sait d’avance que ses propositions seront rejetées par l’ensemble du monde arabe et, visiblement, il a pris trop de précautions pour qu’elles le soient. Car en fait, ce qui intéresse Netanyahu, ce n’est pas d’œuvrer pour une paix à laquelle il n’a jamais cru, mais d’assurer la pérennité du statu quo tout en jetant un os en direction de la Maison blanche.
Mustapha Barghouthi, un député palestinien mesuré et raisonnable a eu le mot juste : « Netanyahu n’a pas endossé un Etat palestinien, mais un ghetto. Il a endossé un Etat qui serait soumis au contrôle israélien. Il a prouvé qu’il n’y a pas de partenaire pour la paix en Israël. Tout son discours concernait la consolidation de l’apartheid. Ceci ne mènera pas à la paix. » Gageons que cette réaction palestinienne ainsi que celle de la Maison blanche sont de nature à remplir d’aise Netanyahu. Il les utilisera comme argument pour confronter sa droite furieuse que son chef ait blasphémé en prononçant le mot tabou. Il pourra répondre à ceux qui, en Israël, l’accusent d’ « essayer de manger du cochon après l’avoir égorgé de manière casher », qu’il n’en est rien, qu’il a amorcé le retour à la case départ et que le statu quo a encore de beaux jours devant lui.